(et ne plus jamais concevoir de zéro)
Vous animez des formations depuis des années. Vous avez des activités qui fonctionnent, un instinct pour sentir ce dont un groupe a besoin, des séquences rodées sur votre domaine d’expertise. Et pourtant, une grande partie de ce savoir-faire reste enfouie — dans votre tête, dans des notes éparses, dans des fichiers dont vous ne retrouvez plus le nom.
C’est exactement le problème que résout une bibliothèque d’activités pédagogiques. Un espace où votre expertise pédagogique prend une forme consultable, transmissible et perfectible. Une activité bien documentée, c’est une pratique que vous pouvez revisiter, comparer, affiner d’une session à l’autre.
Mais une bibliothèque personnelle, c’est aussi le premier pas vers quelque chose de plus grand. Elle structure votre veille pédagogique : quand vous découvrez une nouvelle méthode ou testez une activité repérée chez un confrère, vous avez un endroit précis où la loger, avec vos propres observations. Et si vous travaillez au sein d’une organisation ou d’une équipe de formateurs, ces fiches deviennent la base d’un partage de pratiques réel — pas une réunion de plus, mais un référentiel commun qui se construit activité par activité.
Ce guide vous propose une méthode concrète pour construire cette bibliothèque — sans vous noyer dans la documentation, et en commençant par ce qui compte vraiment.
Étape 1 — Choisir les bonnes informations à documenter
L’erreur classique : vouloir tout capturer. On se retrouve avec des fiches de quinze colonnes qu’on n’ouvre plus jamais, parce qu’elles sont trop longues à remplir et trop denses à consulter.
Une activité est réutilisable si et seulement si elle répond à six questions. Pas une de plus.
- Nom et méthode d’origine. Le nom de l’activité, et si elle s’appuie sur une méthode connue (Liberating Structures, Thiagi, design thinking…). Cela permet de retrouver rapidement des ressources complémentaires et de créditer les auteurs.
- Objectif pédagogique. Pas une intention, un objectif. La différence : « faire le point » est une intention. « Identifier les trois obstacles principaux à la mise en pratique » est un objectif. L’objectif doit contenir un verbe d’action mesurable. C’est lui qui indique dans quelle situation mobiliser l’activité.
- Configuration minimale. Durée, nombre de participants, format de groupement (individuel, binômes, sous-groupes de N). Ces trois paramètres sont les premiers que vous consultez quand vous concevez une session. Ils doivent apparaître en un coup d’œil.
- Phase(s) dans la session. À quel moment de votre déroulé cette activité est-elle pertinente ? Inclusion, découverte, mise en pratique, ancrage, déclusion — ou plusieurs phases à la fois. Cette information permet de filtrer rapidement selon le besoin du moment.
- Retour terrain. Ce champ est le plus précieux et le moins souvent rempli. Ce qui a marché, ce qui a surpris, et surtout : ce qui mérite un point de vigilance spécifique. Une ligne sur chaque, pas un roman.
- Variante(s). Au moins une adaptation selon un contexte différent — groupe plus grand, temps réduit, niveau d’autonomie différent. C’est ce qui transforme une fiche statique en outil flexible.
Canvas : fiche d’activité en 6 champs — exemple avec la Troïka Consulting
- Nom : Troïka Consulting | Méthode : Liberating Structures
- Objectif : Identifier des pistes de solution à un problème concret
- Configuration : 30 min | 9–18 participants | sous-groupes de 3
- Phase(s) : Ancrage / Résolution de problème
- Retour terrain : Rotation fluide si groupes stables. Vigilance : le « client » doit rester muet — rappeler la règle explicitement avant de commencer.
- Variante : Flash Codev (15 min, sans rotation, 1 seul consultant) — pour groupes > 15 ou contrainte de temps forte
Étape 2 — Choisir un système de classement qui vous ressemble
Il n’y a pas un bon système de classement. Il y en a trois, et ils ne s’excluent pas. La question est : comment cherchez-vous une activité quand vous en avez besoin ?
Par phase dans la session. C’est le classement le plus opérationnel pour la conception pédagogique. Vous avez un besoin précis (« je cherche une activité d’inclusion pour un groupe qui ne se connaît pas »), vous ouvrez la bonne colonne. C’est l’axe le plus directement utile au moment de construire un déroulé.
Par dynamique. Mouvement, sous-groupes, réflexif individuel. Ce critère détermine l’énergie que l’activité va générer dans la session. Utile quand vous devez doser les rythmes d’une session longue.
Par objectif pédagogique. Le classement le plus riche à long terme, et le plus exigeant à construire. Il demande d’avoir formulé des objectifs précis dès le départ — et c’est aussi ce qui le rend le plus puissant pour retrouver la bonne activité face à un besoin spécifique.
En pratique : commencez par la phase, ajoutez la dynamique comme second critère, et intégrez l’objectif progressivement quand votre bibliothèque atteint une masse critique — disons, au-delà d’une vingtaine d’activités.
Étape 3 — Remplir votre première fiche (et la bonne façon de le faire)
La tentation est de commencer par documenter toutes vos activités existantes d’un coup. C’est le meilleur moyen d’abandonner après trois fiches.
La méthode qui fonctionne : remplissez une fiche après chaque session, pas avant. Pas pendant la conception — après l’animation, quand vous avez encore en tête ce qui s’est passé. Prévoyez dix minutes dans votre agenda à chaud, le jour même.
Trois questions pour alimenter le champ « Retour terrain » :
- Qu’est-ce que j’ai dû adapter en cours de route, et pourquoi ?
- Quelle consigne aurait dû être formulée différemment ?
- Qu’est-ce que je ferais différemment avec un groupe similaire ?
Ces questions prennent deux minutes. Elles constituent la valeur irremplaçable de votre bibliothèque — personne d’autre ne peut les remplir à votre place.
Étape 4 — Adapter vos fiches à la classe virtuelle synchrone
Si vous animez principalement en distanciel, vos fiches doivent intégrer dès le départ une information supplémentaire : la configuration technique. Une activité qui fonctionne en présentiel ne fonctionne pas automatiquement en ligne — et l’inverse est aussi vrai.
Pour chaque activité, documentez la configuration dans votre outil de classe virtuelle : mode de groupement des participants, niveau d’autonomie accordé (peuvent-ils naviguer librement entre les espaces ?), support collaboratif utilisé (notes partagées, tableau blanc, document annoté).
Sur Glowbl
La plateforme permet de sauvegarder vos déroulés dans une bibliothèque intégrée, consultable et réutilisable d’une session à l’autre. Un déroulé Glowbl est structurellement aligné sur la logique d’une fiche d’activité : chaque étape documente la configuration technique, les droits participants, les consignes et les notes animateur.
Vos déroulés constituent donc, de fait, les briques de votre bibliothèque. Il suffit de les nommer de façon cohérente pour les retrouver facilement.

Étape 5 — Éviter l’effet graveyard
Une bibliothèque qui n’est plus consultée, c’est ce qu’on appelle un graveyard : des fiches bien rangées, que personne n’ouvre. Ça arrive quand la bibliothèque grossit trop vite, que le classement devient illisible, ou qu’on ne sait plus comment entrer dedans.
Deux règles pour l’éviter.
La première : ne documentez pas une activité si vous ne l’avez pas encore testée. Une fiche construite sur une idée théorique n’a aucune valeur terrain — elle occupe de la place et dilue la qualité de l’ensemble.
La deuxième : révisez régulièrement. Une fois par trimestre, parcourez votre bibliothèque et posez-vous une question simple : est-ce que j’utiliserais cette activité dans ma prochaine session ? Si la réponse est non depuis longtemps, archivez ou supprimez. Une bibliothèque de vingt fiches actives vaut infiniment plus qu’une base de quatre-vingts fiches dont soixante ne servent jamais.
Pour aller plus loin : veille et partage de pratiques
Une bibliothèque personnelle se nourrit d’abord de vos propres sessions — mais elle peut aussi intégrer des activités découvertes ailleurs, à condition de les tester avant de les documenter.
Quelques sources fiables pour enrichir votre répertoire :
- Liberating Structures (liberatingstructures.com) — 33 microstructures d’animation détaillées, avec protocoles et variations. La référence pour les formats participatifs.
- Thiagi Group (thiagi.com) — des centaines d’activités de formation catégorisées par objectif et format, dont beaucoup adaptables au distanciel.
- La Digitale (ladigitale.dev) — outils pédagogiques libres et gratuits, pensés pour le distanciel et l’hybride.
- Les templates de déroulés Glowbl — des scénarios complets prêts à l’emploi, directement activables dans votre espace, classés par format et objectif.
Ces ressources fonctionnent en veille active : quand une activité retient votre attention, notez-la immédiatement avec sa source et l’objectif qui vous a intrigué. Même sans l’avoir testée, cette trace vous permet de la retrouver au bon moment.
Enfin, si vous travaillez au sein d’une équipe de formateurs ou d’une organisation, votre bibliothèque personnelle peut devenir un bien commun. Pas en la partageant brute — mais en identifiant les fiches les plus robustes, celles qui ont plusieurs retours terrain, et en les versant dans un référentiel partagé. C’est ainsi que se construit une culture pédagogique d’équipe : pas par la théorie, mais par l’accumulation de pratiques éprouvées et documentées.
À essayer dès votre prochaine session
Après votre prochaine animation, ouvrez un document vierge et remplissez les six champs du canvas pour l’activité qui a le mieux fonctionné. Rien d’autre. Juste une fiche, bien faite.
C’est comme ça que les meilleures bibliothèques sont nées : une fiche à la fois, remplie à chaud, avec une vraie honnêteté sur ce qui s’est passé.
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